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Les conseils génériques, c'est pas automatique n°1 - Le "Show, don't Tell"

Ah, un idiome américain. Comme si ce pays était réputé pour son bon goût. Mais voyons en quoi ce conseil, bien intentionné, est en réalité mortifère pour la littérature.

Pour commencer, je comprends. Si si, je vous assure. Je comprends ce qu'on voudrait dire avec cette expression : "Va un peu plus loin que de dire qu'il est triste". Et si on ne retenait que ça, ça irait. Mais le "Show, don't Tell" implique une réduction de la littérature au seul visuel, ce qui, vous en conviendrez, n'a aucun sens pour un art qui se repose exclusivement sur l'écrit.

Oh, j'entends déjà ceux qui me reprocheront d'être trop littérale, que le "show", c'est aussi l'intériorité et les pensées. Mais n'est-ce pas vous qui êtes trop permissif en laissant un mot dire tout et rien ?

Le "show", dans un scénario, ça a du sens. Une caméra ne sait pas filmer les concepts. Mais ce serait une erreur de réduire un film à son seul script. La continuité dialoguée n'est qu'un document technique pour une équipe de tournage, ce qui compte réellement : c'est la mise en image. Le décor, le son, le jeu d'acteur, l'angle de la caméra, la valeur de plan, la colorimétrie, la durée du plan ou de la scène, c'est ça le véritable langage artistique du cinéma. C'est beaucoup plus vaste que de juste montrer un appartement rempli de cadavres de bouteilles d'alcool.

Un scénario, c'est une étape. Un roman, c'est souvent un produit fini, parfois une oeuvre d'art. Et comme le cinéma, la littérature dispose de son propre langage esthétique.

Qu'est-ce qui différenciera un personnage qui serre les poings entre un roman A et un roman B ? La réponse n'est pas aussi facile que "Show, don't Tell". La réponse est dans le style, le "comment", pas le "quoi".

Comment l'auteur nous fait ressentir la colère du personnage ? Quel champ lexical ? Quelle longueur ou complexité de phrase ? Avec un narrateur omniscient ou interne ? Quel registre ? Quel ton ? Quels procédés stylistiques ? Quel temps de narration ? Quelle ponctuation ? Quel découpage de paragraphe ?

Parce que la langue est un outil fonctionnel que nous utilisons quotidiennement, son usage esthétique est négligé, voire méprisé. Et quel comble, par les auteurs eux-mêmes.

Le langage, c'est notre matière première. Comme le bois pour le menuisier. C'est à nous, écrivains, de le tordre, de le raboter, de le ré-assembler, de le peindre, de le graver, de sélectionner les essences, pour créer quelque chose d'unique et de nouveau.

Prescription finale : "Write, don't Show"

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