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Affichage des articles associés au libellé Incipit au Scalpel

Incipit au Scalpel n°6 - Être à la hauteur de ses prétentions

Un des aspects les plus dommageables des réseaux littéraires français, c'est la bienveillance et le relativisme omniprésents. Que ce soit sur Instagram, TikTok, ou encore Youtube, la majorité des influenceurs lisent et aiment les mêmes livres, un comble lorsqu'on sait qu'il y a environ 65 000 nouveautés par an, produisent une critique superficielle et parlent très rarement du texte en lui-même. Il faut dire que la critique exige une certaine expertise, un minimum de confiance en soi, et surtout, un brin de méchanceté pour être divertissante. Et cette année, j'ai découvert le Hussard : un vidéaste qui cherche à promouvoir l'héritage littéraire français, et qui aborde aussi des sujets d'actualité sur le marché du livre, le tout sur un ton pamphlétaire qui ne m'est pas déplaisant. En plus, le bonhomme joint le geste à la parole en créant sa propre maison d'édition pour publier des textes dignes du canon littéraire français. Par honnêteté envers mes lecteurs...

Incipit au Scalpel n°5 - L'imposture

À la suite d'une fortuite, et malheureuse, rencontre sur une liste de "conseils" destinés aux jeunes auteurs, j'ai promis à Werber un "Incipit au scapel". Cette liste, digne d'un misomuse déterminé à tuer toute vélléité artistique et esthétique chez les écrivains en herbe, m'avait conduit à m'interroger sur la plume de ce scribouillard maintes fois publié, acheté, et récompensé. Alors, pour l'exercice de cette critique, j'ai choisi la dernière sortie de Bernard Werber : La voix de l'arbre. – Pourquoi m’emmènes-tu dans cet endroit complètement perdu ? demande Rose, un peu inquiète. – Je suis sûr que ça va te plaire, répond Aymeric. Les deux jeunes randonneurs s’enfoncent dans les profondeurs de la forêt du Ciron, au cœur des Landes, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux. Rose Pinson, vingt-trois ans, de petite taille, cheveux châtains aux reflets roux regroupés en queue-de-cheval et yeux en amande couleur noisett...

Incipit au Scalpel n°4 - Dérapage marketing

Bien que cette rubrique s'impose une stricte critique sur le texte même, j'aimerais, en préambule, me plaindre, oui, de ce titre anglicisant. Est-ce plus vendeur de dire "Inheritance" plutôt qu'"Héritage" ? Ou "Succession" ? C'est quand même un comble pour un roman qui se place à l'époque de la Révolution Française, dans la royauté, âge où, rappelons-le, le français était LA langue de l'international. Pourquoi je me permets cette revendication ? Parce que le premier chapitre s'ouvre sur une narratrice contemporaine, héritière de cette fausse reine de France que nous a promis la quatrième de couverture, dotée d'un nom particulièrement anglophone : Willow Gwyneth. D'instinct, je demanderais à l'auteur pourquoi elle n'a pas décidé de placer son histoire dans la cour anglaise, mais peut-être est-ce déjà réclamer trop de cohérence ? Voici l'extrait d'« Inheritance: La révolte de la reine » de Morgan Moncom...

L'incipit au Scalpel n°3 : Quand la maison d'édition ne fait même plus semblant

Cette fois, je vais m'attaquer à un auteur, et surtout un roman, qui vient de Wattpad. Ça m'embête, je suis intimement convaincue que les classiques de demain sont en train de naître dans les communautés d'auteurs indépendants élevés à la liberté du web. Mais plus que de chicaner un auteur, je veux surtout démolir l'image de bon goût littéraire qui colle aux maisons d'édition. Je veux que les auteurs indépendants cessent de douter de leur légitimité parce qu'un éditeur ne les a pas adoubés. Et je veux que les lecteurs comprennent qu'on les prend pour des vaches à lait. Pour les besoins de cette critique, voici le début du chapitre 1 de "Mariposa", d'Azra Reed : La lumière du téléphone de Stella éclaire ses yeux noisette qui ne regardent que son écran. De nouveau, elle forme une bulle de chewing-gum qui finit par éclater. Le vieil homme, assis à côté d’elle, resserre ses bras croisés sur son torse avant de pousser un soupir agacé. Je pres...

L'incipit au Scalpel n°2 - Schrödinger, mon Epinal

Pour cette seconde édition de "L'incipit au Scalpel", j'ai à nouveau pioché parmi les meilleures ventes francophones. Ce roman m'a intriguée car son auteur est plutôt connu sur le segment de la littérature feel-good, il semble avoir voulu prouver à ses détracteurs qu'il pouvait aussi écrire la noirceur. Malheureusement, l'auteur s'est perdu dans un téléfilm noir dont les scénaristes étaient en grève. Pour l’exercice de cette critique, voici le début du chapitre 1 de « Fauves » de Mélissa Da Costa. La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble, déchirée par les voix d’hommes, un morceau de Pink Floyd – « Pigs » –, et par la lumière orangée du pub, une lueur faiblarde, étouffée par la fumée opaque des cigarettes. La silhouette qui surgit est mince, déliée, titubante. Elle s’arrête et semble se demander ce qu’elle fait là. Le jeune garçon, puisque c’est un garçon, et pas encore un homme, sweat à capuche gris au col déchiré, man...

L'incipit au Scalpel n°1 - La cohé-quoi ?

Avez-vous déjà connu ce malaise, cette intime conviction, qu'un succès populaire était simplement médiocre ? Moi, régulièrement. En partie parce que je les découvre bien après leur essor, sans les contraintes de l'engouement général et de la nouveauté. J'ai donc voulu m'attaquer à nul autre qu'un des poids lourds de la littérature francophone, un maître du page-turner annuel malgré son format brique de 500 pages qui m'a, personnellement, assommée dès son ouverture. Pour l’exercice de cette critique, voici le prologue d’« Un animal sauvage » de Joël Dicker : 9 heures 30. Les deux braqueurs venaient de pénétrer simultanément dans la bijouterie par deux accès différents. Le premier par l’entrée principale,comme un client ordinaire. Sa tenue élégante avait donné le change à l’agent de sécurité, la casquette et les lunettes de soleil étant de mise en ce mois de juillet. L’autre, encagoulé, était passé par l’entrée de service, forçant une employée ...