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Incipit au Scalpel n°6 - Être à la hauteur de ses prétentions

Un des aspects les plus dommageables des réseaux littéraires français, c'est la bienveillance et le relativisme omniprésents. Que ce soit sur Instagram, TikTok, ou encore Youtube, la majorité des influenceurs lisent et aiment les mêmes livres, un comble lorsqu'on sait qu'il y a environ 65 000 nouveautés par an, produisent une critique superficielle et parlent très rarement du texte en lui-même. Il faut dire que la critique exige une certaine expertise, un minimum de confiance en soi, et surtout, un brin de méchanceté pour être divertissante. Et cette année, j'ai découvert le Hussard : un vidéaste qui cherche à promouvoir l'héritage littéraire français, et qui aborde aussi des sujets d'actualité sur le marché du livre, le tout sur un ton pamphlétaire qui ne m'est pas déplaisant. En plus, le bonhomme joint le geste à la parole en créant sa propre maison d'édition pour publier des textes dignes du canon littéraire français. Par honnêteté envers mes lecteurs...
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Les conseils génériques, c'est pas automatique n°6 - Ne vous inquiétez pas de la qualité de votre premier jet

Ce sujet va faire débat, pour changer, mais il est fondamental. À moins d'être un forcené de la réécriture, négliger son premier jet ne peut être qu'une mauvaise idée. Je commencerai par concéder l'importance d'aboutir ce premier jet, que c'est même la directive première de tout écrivain. C'est le plus difficile de terminer ce brouillon, seuls 5% des auteurs y parviennent. Dans ce cas précis, la fin justifie les moyens. Néanmoins, un premier jet illisible et dénué de voix, c'est presque impossible à rattraper. Pourquoi ? Parce qu'un premier jet illisible, vous allez déjà épuiser une réécriture dessus. Et vous n'aurez pas un texte abouti, vous aurez un jet propre sur lequel vous pourrez vraiment commencer à travailler. Et parce que la voix ne se trouve pas à postériori, la voix, c'est le regard que porte l'auteur et s'il n'en a pas quand il écrit, il n'en aura pas plus en réécrivant. Alors oui, vous obtiendrez peut-être un texte pr...

Les conseils génériques, c'est pas automatique n°5 - Faites un plan

Tout d'abord, cadrons le sujet. Au-delà du conseil de faire un plan, je voudrais plutôt parler de planification en général, donc l'ensemble du travail préparatoire que l'on vous recommande plus ou moins de faire avant de vous attaquer à la montagne du premier jet. J'entends les écrivains architectes hurler dans le lointain... Oui, j'ai forcément un biais parce que je suis l'une des rares à 99% jardinière. Moi ça m'emmerde de faire des trames ou de remplir des petites cases, et j'ai horreur de faire les choses deux fois, alors si je découvre tout avant d'écrire, ben j'ai plus envie d'écrire parce que j'ai l'impression de l'avoir déjà fait.  Ça n'empêche pas la planification d'être mortifère à bien des égards. Mais comment ça peut être mauvais ? me direz-vous. Et bien explorons en les raisons. Tout d'abord, connaissez-vous cette espèce très particulière d'élèves assidus et pourtant condamnés à la moyenne malgré leurs...

Etiologie du Cliché n°3 - Pavé César, ceux qui vont te lire te saluent

Décidément, l'inflation attaque tout. Les prix, mais aussi la longueur du divertissement culturel. Que ce soit les films dont la durée moyenne a dépassé les 2h, les séries aux épisodes d'1h étalées jusqu'à écœurement du public, ou les romans qui dépassent aujourd'hui allègrement les 600 pages, on croule sous la quantité. Alors, d'où vient cette inflation du nombre de pages ? Les auteurs sont-ils soudainement si inspirés ?  Je crois qu'il y a d'abord une distinction à faire.  Sur les forums d'écriture que je côtoie, je constate que beaucoup de jeunes auteurs annoncent des manuscrits à 160, 180, 200 000 mots. Une longueur de roman, c'est normalement entre 50 et 120 000 mots, pour vous donner un ordre d'idée. Et bien qu'il s'agisse de manuscrits destinés à être raccourcis après réécriture, ils resteront bien au-dessus des longueurs standards. Mais il y a aussi un autre facteur : le ratio narration/dialogue de plus en plus en faveur du dialog...

Etiologie du Cliché n°2 - L'épidémie des sagas

Dans mon parcours de lectrice, j'ai évidemment lu quelques sagas lorsque j'étais plus jeune : Mercy Thompson, Oksa Pollock, la Sor'cière, Ulysse Moore, Twilight... Pourtant, maintenant adulte, après avoir élevé mes exigences littéraires, me voilà à refuser de lire la moindre trilogie, ou même le moindre livre de plus de 400 pages. Serait-ce du mépris ? Probablement. Gratuit ? Non.  Soyons réalistes, peu d'auteurs ont des choses intéressantes à raconter sur plus de 400 pages. Et encore moins en ont pour plusieurs tomes. Sans même parler de qualités stylistiques qui, malheureusement, n'intéressent pas beaucoup d'auteurs contemporains. Aujourd'hui, les sagas sont trop souvent des romans uniques gonflés à l'eau, tel un saumon d'élevage déjà obèse dont on cherche à maximiser la rentabilité, pour être vendus à la découpe. Alors pourquoi cette épidémie de sagas dans nos librairies ? Si si, la question est légitime parce que, commercialement, ce n'est pa...

Incipit au Scalpel n°5 - L'imposture

À la suite d'une fortuite, et malheureuse, rencontre sur une liste de "conseils" destinés aux jeunes auteurs, j'ai promis à Werber un "Incipit au scapel". Cette liste, digne d'un misomuse déterminé à tuer toute vélléité artistique et esthétique chez les écrivains en herbe, m'avait conduit à m'interroger sur la plume de ce scribouillard maintes fois publié, acheté, et récompensé. Alors, pour l'exercice de cette critique, j'ai choisi la dernière sortie de Bernard Werber : La voix de l'arbre. – Pourquoi m’emmènes-tu dans cet endroit complètement perdu ? demande Rose, un peu inquiète. – Je suis sûr que ça va te plaire, répond Aymeric. Les deux jeunes randonneurs s’enfoncent dans les profondeurs de la forêt du Ciron, au cœur des Landes, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux. Rose Pinson, vingt-trois ans, de petite taille, cheveux châtains aux reflets roux regroupés en queue-de-cheval et yeux en amande couleur noisett...

Les conseils génériques, c'est pas automatique n°4 - Werber, partie 3

Alors, vous revoilà encore, prêt pour les derniers mètres ? Je sais, il fait tout noir, il fait froid, la pression est insoutenable, et on n'a plus d'air. Mais on va y arriver, on va arriver au bout de cette plongée dans le gouffre mental de notre ami Bernard. 19. Aller voir sur place Un: s'informer. Deux: réfléchir. Trois: écrire. S'informer est indispensable. On ne parlera bien d'un lieu que si on y est allé pour faire des repérages. On ne parlera bien d'un métier que si on a discuté avec une personne qui la pratique. Évidemment on peut imaginer, mais le plus on se frottera au réel, le plus on découvrira de choses et on pourra raconter d'anecdotes vraies. Et le lecteur sent tout de suite ce qui est pur délire d'auteur et ce qui est une observation réelle. C'est donc ça le but de ton écriture ? Raconter des anecdotes ? On ne peut donc pas décrire une ville fictive ? Non, attends, changement de stratégie. Est-ce que tu t'es informé sur la lit...