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Etiologie du Cliché n°2 - L'épidémie des sagas

Dans mon parcours de lectrice, j'ai évidemment lu quelques sagas lorsque j'étais plus jeune : Mercy Thompson, Oksa Pollock, la Sor'cière, Ulysse Moore, Twilight... Pourtant, maintenant adulte, après avoir élevé mes exigences littéraires, me voilà à refuser de lire la moindre trilogie, ou même le moindre livre de plus de 400 pages.

Serait-ce du mépris ? Probablement. Gratuit ? Non. 

Soyons réalistes, peu d'auteurs ont des choses intéressantes à raconter sur plus de 400 pages. Et encore moins en ont pour plusieurs tomes. Sans même parler de qualités stylistiques qui, malheureusement, n'intéressent pas beaucoup d'auteurs contemporains. Aujourd'hui, les sagas sont trop souvent des romans uniques gonflés à l'eau, tel un saumon d'élevage déjà obèse dont on cherche à maximiser la rentabilité, pour être vendus à la découpe.

Alors pourquoi cette épidémie de sagas dans nos librairies ?

Si si, la question est légitime parce que, commercialement, ce n'est pas si rentable pour les éditeurs. Déjà, si vous êtes primo-romancier et que vous n'avez pas quelques dizaines de milliers de lectures sur Wattpad, oubliez. Les ME n'acceptent pratiquement jamais de sagas de débutants et c'est marqué sur leurs pages de soumission de manuscrits. Pourquoi ? Parce qu'à chaque tome, on perd 50% des lecteurs du tome précédent.

Quelle diablerie est-ce là ! me direz-vous.

Et bien même si l'on perd des lecteurs en route, la ME l'anticipe, et s'assure ainsi des ventes. Si le tome 1 s'est vendu à 10 000 exemplaires, elle n'en imprime que 5 000 pour le tome 2. Et si le tome 1 n'a jamais trouvé de lectorat, elle ne publie jamais la suite. C'est un pur calcul de risque. D'autant qu'une saga est bien plus facile à promouvoir et que les ME, en tout cas en France, ne sont pas très proactives sur la communication, sans compter qu'un primo-romancier ne bénéficie que d'une toute petite couverture médiatique (oui, comment tuer un roman dans l’œuf, et non, envoyer un service presse à une dizaine de chroniqueuses à la pertinence littéraire proche de zéro ne suffit pas).

Mais les ME, certes responsables parce que ce sont elles qui ouvrent l'accès au marché grand public, ne sont pas les seules à blâmer. Pour qu'elles puissent publier autant de sagas, il faut bien qu'il y ait des auteurs pour les produire ! 

Et oui, mes chers collègues qui rêvez la paternité d'une grande fresque digne du Seigneur des Anneaux, pas de sagas sans vous. 

J'avoue de ne pas vous comprendre, c'est déjà un sacerdoce de plusieurs mois d'arriver au bout d'un manuscrit, alors s'imposer des années dans le même univers, avec les mêmes personnages, pour un succès déclinant, ça m'échappe complètement. Vous êtes maso ! Même si tous les artistes le sont un peu.

Alors pourquoi vous engager là-dedans ? Le faites-vous par défaut ? Parce que ce serait un attendu, en fantasy particulièrement ? Croyez-vous vraiment que votre énième quête ou guerre ne peut être racontée en un seul tome ? Est-ce uniquement pour y balancer tout votre lore (le cas échéant, allez écrire des JDR, vous vous épanouirez dix fois plus et vous y trouverez le public exact que ça intéresse) ?

Je trouve cette obsession de la saga dommageable car nombre de ces histoires gagneraient à ne tenir que sur un roman ; un récit musclé, sans remplissage, juste ce qu'il faut d'univers pour comprendre les tenants et aboutissants. D'autant que, soyez honnêtes, amis auteurs, seule une partie de ce récit vous intéresse vraiment. Vous vous en foutez d'arriver à la conclusion, ce qui vous passionne, c'est le début, quand il faut exposer la crise et découvrir les personnages. C'est normal, c'est la partie la plus intéressante et riche. 

Alors concluons. 

J'épargnerai les lecteurs sur cet article, beaucoup d'entre eux ont déjà pris l'habitude de ne pas commencer de saga non terminée à force de déceptions. Et beaucoup d'entre eux sont aussi, comme moi, des convaincus du roman unique.

En revanche, j'aimerais conseiller aux aspirants auteurs de ne pas se jeter dans une saga dès leur premier essai. Ou alors, de le faire intelligemment. Concevez votre premier tome comme un roman unique, avec sa quête interne qui se tient toute seule et se termine sans frustration. Vous serez libre de lui écrire une suite un jour, libre de ne jamais le faire et de passer à d'autres univers, et vous respecterez vos lecteurs. Un lecteur, qui a aimé votre roman, qui vous verrait sortir une suite après d'autres projets saurait que vous avez écrit cette suite parce que vous aviez une idée qui valait le coup.

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