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Articles

Affichage des articles du avril, 2026

Bêta-lecture d'urgence n°1 - Quand le courant ne passe pas avec le héros

Rendre une bêta-lecture, c'est toujours délicat. Entre le syndrome de l'imposteur, la peur de décourager l'auteur, et la probité, la limite entre complaisance et bienveillance est souvent floue. C'est pourquoi l'intention de l'auteur doit être au centre d'une critique littéraire, particulièrement dans les phases d'écriture. C'est une garantie de pertinence et d'empathie essentielles à la bonne réception de l'auteur qui, bien souvent, met son cœur dans l'ouvrage. C'est d'autant plus vrai que l'héroïne du jour m'a été immédiatement antipathique, alors que l'auteur cherchait totalement l'inverse, voire même l'identification. Il fallait dépasser ce rejet primaire pour débusquer la raison profonde de ce contresens. Alors menons le diagnostic, mes chers internes de la littérature. Une technique efficace Au premier abord, rien d'alarmant. La langue est saine , pas de défaut de concordance des temps, la g...

L'incipit au Scalpel n°3 : Quand la maison d'édition ne fait même plus semblant

Cette fois, je vais m'attaquer à un auteur, et surtout un roman, qui vient de Wattpad. Ça m'embête, je suis intimement convaincue que les classiques de demain sont en train de naître dans les communautés d'auteurs indépendants élevés à la liberté du web. Mais plus que de chicaner un auteur, je veux surtout démolir l'image de bon goût littéraire qui colle aux maisons d'édition. Je veux que les auteurs indépendants cessent de douter de leur légitimité parce qu'un éditeur ne les a pas adoubés. Et je veux que les lecteurs comprennent qu'on les prend pour des vaches à lait. Pour les besoins de cette critique, voici le début du chapitre 1 de "Mariposa", d'Azra Reed : La lumière du téléphone de Stella éclaire ses yeux noisette qui ne regardent que son écran. De nouveau, elle forme une bulle de chewing-gum qui finit par éclater. Le vieil homme, assis à côté d’elle, resserre ses bras croisés sur son torse avant de pousser un soupir agacé. Je pres...

Etiologie du Cliché n°1 - Le triangle, sans base, amoureux

Commençons par un peu de pinaillage sur un néologisme : le trope. Bien que ce mot existe depuis longtemps, il appartenait essentiellement au domaine de la rhétorique où il désignait des figures de style. Oui, vous savez, ces procédés que l'on oublie sitôt le bac de français passé. Mais ce que je voudrais souligner ici en préambule, c'est le dévoiement de ce terme pour vernir les clichés d'une couche méliorative, ou au moins neutre. Attention, je n'ai absolument rien contre l'étiquetage des livres, je viens moi-même des milieux de la fanfiction où c'est absolument indispensable pour s'y retrouver. Et c'est d'ailleurs, en partie, pour cela que Wattpad est une plateforme catastrophique. Je suis même ravie que la labellisation soit enfin arrivée dans les milieux littéraires plus traditionnels. Egalement, les clichés en eux-mêmes ne sont pas si dérangeants. Il n'existe qu'un nombre limité de situations narratives. Alors refusez la honte d'...

L'incipit au Scalpel n°2 - Schrödinger, mon Epinal

Pour cette seconde édition de "L'incipit au Scalpel", j'ai à nouveau pioché parmi les meilleures ventes francophones. Ce roman m'a intriguée car son auteur est plutôt connu sur le segment de la littérature feel-good, il semble avoir voulu prouver à ses détracteurs qu'il pouvait aussi écrire la noirceur. Malheureusement, l'auteur s'est perdu dans un téléfilm noir dont les scénaristes étaient en grève. Pour l’exercice de cette critique, voici le début du chapitre 1 de « Fauves » de Mélissa Da Costa. La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble, déchirée par les voix d’hommes, un morceau de Pink Floyd – « Pigs » –, et par la lumière orangée du pub, une lueur faiblarde, étouffée par la fumée opaque des cigarettes. La silhouette qui surgit est mince, déliée, titubante. Elle s’arrête et semble se demander ce qu’elle fait là. Le jeune garçon, puisque c’est un garçon, et pas encore un homme, sweat à capuche gris au col déchiré, man...

Les conseils génériques, c'est pas automatique n°1 - Le "Show, don't Tell"

Ah, un idiome américain. Comme si ce pays était réputé pour son bon goût. Mais voyons en quoi ce conseil, bien intentionné, est en réalité mortifère pour la littérature. Pour commencer, je comprends. Si si, je vous assure. Je comprends ce qu'on voudrait dire avec cette expression : "Va un peu plus loin que de dire qu'il est triste". Et si on ne retenait que ça, ça irait. Mais le " Show, don't Tell " implique une réduction de la littérature au seul visuel, ce qui, vous en conviendrez, n'a aucun sens pour un art qui se repose exclusivement sur l'écrit. Oh, j'entends déjà ceux qui me reprocheront d'être trop littérale, que le " show ", c'est aussi l'intériorité et les pensées. Mais n'est-ce pas vous qui êtes trop permissif en laissant un mot dire tout et rien ? Le " show ", dans un scénario, ça a du sens. Une caméra ne sait pas filmer les concepts. Mais ce serait une erreur de réduire un film à son seul ...

L'incipit au Scalpel n°1 - La cohé-quoi ?

Avez-vous déjà connu ce malaise, cette intime conviction, qu'un succès populaire était simplement médiocre ? Moi, régulièrement. En partie parce que je les découvre bien après leur essor, sans les contraintes de l'engouement général et de la nouveauté. J'ai donc voulu m'attaquer à nul autre qu'un des poids lourds de la littérature francophone, un maître du page-turner annuel malgré son format brique de 500 pages qui m'a, personnellement, assommée dès son ouverture. Pour l’exercice de cette critique, voici le prologue d’« Un animal sauvage » de Joël Dicker : 9 heures 30. Les deux braqueurs venaient de pénétrer simultanément dans la bijouterie par deux accès différents. Le premier par l’entrée principale,comme un client ordinaire. Sa tenue élégante avait donné le change à l’agent de sécurité, la casquette et les lunettes de soleil étant de mise en ce mois de juillet. L’autre, encagoulé, était passé par l’entrée de service, forçant une employée ...