Bien que cette rubrique s'impose une stricte critique sur le texte même, j'aimerais, en préambule, me plaindre, oui, de ce titre anglicisant. Est-ce plus vendeur de dire "Inheritance" plutôt qu'"Héritage" ? Ou "Succession" ? C'est quand même un comble pour un roman qui se place à l'époque de la Révolution Française, dans la royauté, âge où, rapelons-le, le français était LA langue de l'international.
Pourquoi je me permets cette revendication ? Parce que le premier chapitre s'ouvre sur une narratrice contemporaine, héritière de cette fausse reine de France que nous a promis la quatrième de couverture, dotée d'un nom particulièrement anglophone : Willow Gwyneth. D'instinct, je demanderais à l'auteur pourquoi elle n'a pas décidé de placer son histoire dans la cour anglaise, mais peut-être est-ce déjà réclamer trop de cohérence ?
Voici l'extrait d'« Inheritance: La révolte de la reine » de Morgan Moncomble.
Ma mère m’a toujours répété que je descendais d’une lignée de femmes extraordinaires.
Je ne l’ai jamais crue.
J’ai grandi sans père, sans argent et sans certitude d’avenir. Mais Dieu sait que j’ai grandi avec amour, chose que la vie n’a jamais pu nous enlever.
Petite, je m’endormais au son des histoires folles que ma mère inventait. Des scénarios abracadabrants mettant en scène des personnages tous plus improbables les uns que les autres : reines, sorcières, empoisonneuses, et j’en passe.
Les femmes tenaient toujours le rôle principal. Il y avait tout pour me plaire : de l’action, de l’amour, des sacrifices, et parfois même un peu de magie.
Il m’arrivait souvent de pleurer en regrettant de ne pas être aussi forte, aussi belle, ni aussi courageuse que ces femmes.
« Toi aussi, tu suivras leurs pas un jour », me rassurait-elle en caressant mon visage poupin. « C’est dans ton ADN, Willow. »
Ma mère s’appelait Marigold Gwyneth. Elle est décédée l’année dernière d’un cancer intraitable, laissant derrière elle des souvenirs par milliers, ainsi qu’un mystérieux trésor légué de génération en génération.
Dans ses derniers mots, trois m’ont marquée à jamais. Ils sont la raison pour laquelle j’écris ces lignes aujourd’hui, afin de réparer le tort que ces femmes, mes ancêtres, subissent depuis des siècles.
Ces trois mots, aussi courts soient-ils, ont changé ma vie.
« Tout est vrai. »
Et comme souvent, tout découle d’une histoire d’amour aussi belle que tragique…
Celle de la reine Acacia et du roi Alexandre.
Décidément, Hugo Publishing semble constant dans sa médiocrité. Je me suis un petit peu embêtée à vous reproduire la mise en page exacte de l'extrait numérique, juste pour vous montrer un problème d'édition : La première ligne, avec sa lettrine, est collée à la marge. Visuellement, c'est inesthétique. D'ailleurs, est-ce vraiment une lettrine ou une majuscule dont on a augmenté la taille de police ? Quoi qu'il en soit, Hugo prouve encore une fois, et dès la première ligne, qu'il se passe de maquettiste.
Mais bon, passons le pur vice de forme pour nous concentrer sur les premières lignes. Au delà de la niaiserie du fond : "On n'avait rien mais on était riche d'amour.", ce qui frappe dès le début de la lecture, c'est la lourdeur. L'auteur enchaîne quatre énumérations en tout juste une page, ce serait écrit par l'IA que ça ne m'étonnerait pas. J'ignore ce qui serait le plus insultant entre soupçonner l'usage d'un LLM ou affirmer que Moncomble écrit fort mal.
Un jugement très personnel de ma part, mais l'auteur parvient à me rendre Willow désagréable, et fausse, en une phrase : "Il m’arrivait souvent de pleurer en regrettant de ne pas être aussi forte, aussi belle, ni aussi courageuse que ces femmes.". Sérieusement ? Qui fait ça ? Quel degré de fragilité il faut ? À quel point l'auteur est-elle désespérée de nous créer de l'empathie pour son héroïne qu'elle tente de nous la forcer comme ces gens qui prétende que ce qu'ils font est nul pour avoir des compliments ?
Ajoutons à cela une couche de cancer, pour essayer d'achever les lecteurs au cœur de pierre tels que moi. Mais non, ça ne marche pas. J'ai détesté "Nos étoiles contraires" de John Green, le cancer ne me fait pas pleurer par défaut.
Nous pourrions pointer du doigt la succession de courts paragraphes qui ajoute un rythme erratique à une introduction qui ne fait même pas l'effort de l'émotion. Nous avons donc une héroïne incapable d'aligner plus de quarante mots de pensée continue, ce qui ne contribue pas à sa profondeur intellectuelle, vous en conviendrez chers lecteurs.
Et évidemment, nous n'échapperons pas au cliché de la littérature feel-good et développement personnel, bien que ce ne soit pas le genre dudit livre, avec le classique : "Ça a changé ma vie". Formidable, heureusement que tu nous racontes une histoire qui a des conséquences sinon, on pourrait croire que tu remplis des pages pour ne rien dire.
Concluons. Cette analyse sera aussi courte que cet incipit, car, disons le, il n'y a pas grand chose à relever dans cette plume. C'est faignant.
Verdict : Au pilon !
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