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Les conseils génériques, c'est pas automatique n°3 - Werber, partie 2

Nous revoici, j'espère que la première partie de la plongée vous avait plu, parce qu'on n'a pas terminé le massacre, oups, le sauvetage. Allez, ne traînons pas, je sais que vous avez aussi hâte que moi ! Après tout, la critique pamphlétaire est une sucrerie intellectuelle. 10. Surprendre Il faut surprendre à la conclusion, mais il faut toujours avoir une envie de surprendre à chaque page. Il faut que le lecteur se dise à chaque fois «ah ça… je ne m'y attendais pas». Les romains inscrivaient à l'entrée des théâtres "Stupete Gentes" qu'on pourrait traduire «Peuple préparez vous à être surpris ». Surprendre son lecteur est une politesse. Je commence sérieusement à m'interroger sur la cohérence d'un roman de Bernard. Comment peut-il surprendre à chaque page ? Quelle drôle d'injonction. Ce conseil est la suite de sa recommandation des fins "à twist", je n'aurais donc pas grand discours à ajouter : c'est de la merde. Si un l...

Les conseils génériques, c'est pas automatique n°2 - Werber, partie 1

Alors que je surfais, en quête d'un prochain sujet pour cette rubrique, j'ai, innocemment, tapé la recherche la plus logique sur mon navigateur préféré : "conseils d'écriture". Et que vois-je en quatrième résultat ? "Conseils aux écrivains en herbe, par Bernard Werber". Voilà ma curiosité piquée ; j'avoue n'avoir jamais lu cet auteur mais je sais qu'il est plusieurs fois bestseller . Je n'ai donc pas d' a priori sur le personnage, si ce n'est ma méfiance pavlovienne envers le succès. Alors, je clique. Quelques minutes plus tard, je comprends m'être lancée dans une dangereuse plongée en apnée dans la fosse des Mariannes. Alors plongeons, le scalpel cette fois, à travers ces vingt-sept paliers de contresens, biais, et, disons-le, conneries, pour sauver les pauvres aspirants auteurs solitaires qui se seront risqués dans cet apparent lagon. 1. Le désir Ecrire? Au commencement est le désir. Se demander pourquoi on a envie d...

Critique Générale n°1 - L'Homme Invisible, par H.G Wells

J'ai lutté pour terminer ce court roman. Le problème ne me vient pas tant de Griffin, j'ai une affection particulière pour les personnages antipathiques. Et j'en partage la misanthropie tant le reste des personnages démontre constamment, au choix, stupidité, curiosité déplacée, ou traîtrise. Non, l'ennui de ce livre vient plutôt de ses péripéties. La première moitié nous fait subir les habitants d'Iping qui découvrent que l'étrange visiteur est l'homme invisible avec un ton burlesque agrémenté du nom de chaque personnage que vous aurez oublié sitôt cité. le seul intérêt de cette partie serait de découvrir le mystère, mais le titre du livre a déjà vendu la mèche alors... bah, on s'en fout. Ensuite, un interlude où Griffin se fait voler son argent et ses recherches, puis on arrive à Kemp. Kemp est censé être un confrère, Griffin lui fait d'ailleurs confiance et lui explique toute sa mésaventure. Monologue qui s'étire sur plusieurs chapitre (d...

Incipit au Scalpel n°4 - Dérapage marketing

Bien que cette rubrique s'impose une stricte critique sur le texte même, j'aimerais, en préambule, me plaindre, oui, de ce titre anglicisant. Est-ce plus vendeur de dire "Inheritance" plutôt qu'"Héritage" ? Ou "Succession" ? C'est quand même un comble pour un roman qui se place à l'époque de la Révolution Française, dans la royauté, âge où, rappelons-le, le français était LA langue de l'international. Pourquoi je me permets cette revendication ? Parce que le premier chapitre s'ouvre sur une narratrice contemporaine, héritière de cette fausse reine de France que nous a promis la quatrième de couverture, dotée d'un nom particulièrement anglophone : Willow Gwyneth. D'instinct, je demanderais à l'auteur pourquoi elle n'a pas décidé de placer son histoire dans la cour anglaise, mais peut-être est-ce déjà réclamer trop de cohérence ? Voici l'extrait d'« Inheritance: La révolte de la reine » de Morgan Moncom...

Bêta-lecture d'urgence n°1 - Quand le courant ne passe pas avec le héros

Rendre une bêta-lecture, c'est toujours délicat. Entre le syndrome de l'imposteur, la peur de décourager l'auteur, et la probité, la limite entre complaisance et bienveillance est souvent floue. C'est pourquoi l'intention de l'auteur doit être au centre d'une critique littéraire, particulièrement dans les phases d'écriture. C'est une garantie de pertinence et d'empathie essentielles à la bonne réception de l'auteur qui, bien souvent, met son cœur dans l'ouvrage. C'est d'autant plus vrai que l'héroïne du jour m'a été immédiatement antipathique, alors que l'auteur cherchait totalement l'inverse, voire même l'identification. Il fallait dépasser ce rejet primaire pour débusquer la raison profonde de ce contresens. Alors menons le diagnostic, mes chers internes de la littérature. Une technique efficace Au premier abord, rien d'alarmant. La langue est saine , pas de défaut de concordance des temps, la g...

L'incipit au Scalpel n°3 : Quand la maison d'édition ne fait même plus semblant

Cette fois, je vais m'attaquer à un auteur, et surtout un roman, qui vient de Wattpad. Ça m'embête, je suis intimement convaincue que les classiques de demain sont en train de naître dans les communautés d'auteurs indépendants élevés à la liberté du web. Mais plus que de chicaner un auteur, je veux surtout démolir l'image de bon goût littéraire qui colle aux maisons d'édition. Je veux que les auteurs indépendants cessent de douter de leur légitimité parce qu'un éditeur ne les a pas adoubés. Et je veux que les lecteurs comprennent qu'on les prend pour des vaches à lait. Pour les besoins de cette critique, voici le début du chapitre 1 de "Mariposa", d'Azra Reed : La lumière du téléphone de Stella éclaire ses yeux noisette qui ne regardent que son écran. De nouveau, elle forme une bulle de chewing-gum qui finit par éclater. Le vieil homme, assis à côté d’elle, resserre ses bras croisés sur son torse avant de pousser un soupir agacé. Je pres...

Etiologie du Cliché n°1 - Le triangle, sans base, amoureux

Commençons par un peu de pinaillage sur un néologisme : le trope. Bien que ce mot existe depuis longtemps, il appartenait essentiellement au domaine de la rhétorique où il désignait des figures de style. Oui, vous savez, ces procédés que l'on oublie sitôt le bac de français passé. Mais ce que je voudrais souligner ici en préambule, c'est le dévoiement de ce terme pour vernir les clichés d'une couche méliorative, ou au moins neutre. Attention, je n'ai absolument rien contre l'étiquetage des livres, je viens moi-même des milieux de la fanfiction où c'est absolument indispensable pour s'y retrouver. Et c'est d'ailleurs, en partie, pour cela que Wattpad est une plateforme catastrophique. Je suis même ravie que la labellisation soit enfin arrivée dans les milieux littéraires plus traditionnels. Egalement, les clichés en eux-mêmes ne sont pas si dérangeants. Il n'existe qu'un nombre limité de situations narratives. Alors refusez la honte d'...